Le principe : pas d'obligation d'assurer le corps, mais des RC imposées

Une idée reçue tenace consiste à croire que tout navire doit être assuré « corps et machines ». En droit français comme en droit international, c'est faux : il n'existe aucune obligation générale d'assurer le corps du navire. L'assurance corps, qui couvre l'avarie ou la perte du navire lui-même, demeure facultative au regard de la loi. Ce qui est réellement obligatoire relève de la responsabilité civile : un armateur doit pouvoir indemniser les tiers en cas de pollution, d'épave à relever ou de dommage aux passagers. Ces RC sont imposées par des conventions de l'OMI transposées dans l'Union européenne et en droit interne. Pour une vue d'ensemble du secteur, consultez notre page pilier Maritime & Transport.

Les quatre régimes de RC obligatoires

Quatre textes structurent l'obligation d'assurance maritime obligatoire en France. Chacun cible un type de navire et un seuil précis ; un même navire peut relever de plusieurs régimes cumulés.

  • CLC 1992 — convention sur la responsabilité civile pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures. Vise les navires transportant plus de 2 000 tonnes d'hydrocarbures persistants en vrac comme cargaison. Assurance et certificat obligatoires.
  • Bunkers 2001 — couvre la pollution causée par les hydrocarbures de soute (carburant du navire). S'applique aux navires d'une jauge brute supérieure à 1 000 UMS. Concerne donc une très large part de la flotte de commerce, y compris les navires non pétroliers.
  • Convention de Nairobi 2007 — impose une assurance pour l'enlèvement des épaves, pour les navires d'une jauge brute égale ou supérieure à 300 UMS.
  • Règlement (CE) 392/2009 — transpose la convention d'Athènes : RC obligatoire à l'égard des passagers transportés par mer, avec couverture des dommages corporels et décès.

La notion d'UMS (Universal Measurement System) désigne la jauge brute calculée selon la convention de Londres de 1969 ; c'est l'unité de référence des seuils ci-dessus.

Certificats et blue cards : la preuve à l'escale

Avoir souscrit ne suffit pas : il faut le prouver. Chaque régime exige un certificat délivré ou visé par l'État du pavillon (certificat CLC, certificat Bunkers, certificat Nairobi). Pour les obtenir, l'assureur — généralement un club P&I (Protection and Indemnity) — émet une blue card attestant que la RC pollution ou épave est garantie. Sans ces documents à bord, l'accès au port peut être refusé et le navire immobilisé. C'est le P&I, et non l'assureur corps, qui porte ces garanties de RC. Pour comprendre l'articulation des couvertures côté armateur, voyez notre guide dédié à l'assurance armateur.

Obligation légale, exigence contractuelle, bonne pratique

Distinguer ces trois niveaux évite les erreurs de souscription. Est légalement obligatoire ce qui figure ci-dessus. Relève de l'exigence contractuelle tout ce qu'un tiers impose par contrat : une banque finançant un navire exigera une assurance corps et une délégation de police ; un affréteur réclamera des certificats à jour et parfois une RC complémentaire ; un terminal portuaire conditionnera l'accès à certaines attestations. L'assurance facultés/marchandises n'est jamais imposée par la loi, mais devient de fait obligatoire par le jeu des Incoterms CIF et CIP, qui mettent à la charge du vendeur la souscription d'une police transport. Relève enfin de la bonne pratique tout ce qui protège l'exploitation sans être exigé : perte d'exploitation, garanties guerre, frais de défense. Pour cadrer un projet précis, notre guide explique comment assurer un navire de commerce.

Ce que le marché exige réellement

En pratique, sur la façade atlantique comme à Brest, un armateur qui se limite aux seules RC obligatoires reste exposé : un sinistre majeur sur le corps non assuré peut emporter l'entreprise. Banques, affréteurs et autorités portuaires forment un faisceau d'exigences souvent plus contraignant que la loi elle-même. L'enjeu d'un courtier spécialisé est d'articuler le socle obligatoire (P&I, certificats, blue cards) avec les couvertures attendues par les partenaires, sans sur-assurance inutile. Nos équipes de Brest et Paris auditent ces obligations au cas par cas : prenez contact secteur maritime pour une revue de conformité de votre flotte.